Discours de Jean-Yves Le Drian sur l’héritage de 1989 pour l’Europe / Rede von Außenminister Le Drian über das Erbe von 1989 für Europa

Le Ministre des Affaires Etrangeres, Jean-Yves Le Drian, a prononcé un discours sur l’héritage de 1989 pour l’Europe et sur les enjeux de la souveraineté et de la sécurité européenne le vendredi 6 décembre 2019 à Prague.

Der französische Außenminister, Jean-Yves Le Drian, hat eine Rede gehalten über das Erbe von 1989 für Europa und über die Herausforderungen der europäischen Souveränität und Sicherheit am Freitag 6. Dezember 2019 in Prag.

Transcription du discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, au colloque « Au-delà de 1989 : Espoirs et désillusions après les révolutions »

Prague, 6 décembre 2019

Monsieur le Ministre, cher Tomáš,
Monsieur le Recteur de l’Université Charles, qui nous accueillez,
Madame la Vice-Recteur,
M. le Directeur de l’Académie des Sciences,
Monsieur le Directeur du CEFRES, cher Jérôme Heurtaux,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Trente ans se sont écoulés depuis 1989. Une génération. Passée de l’euphorie au doute.

Je suis profondément européen et je dois vous dire que l’Europe est le sens de mon engagement politique. Je me souviens de l’ardeur et de la liesse de ces journées qui, à l’automne 1989, changèrent la face de notre continent et émurent tous les peuples d’Europe, sans exception.

Je suis frappé aujourd’hui, comme ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la France, de constater qu’à chaque décennie qui passe, notre commémoration de 1989 se fait plus timide, moins unie. Alors que nous n’avons jamais autant eu besoin d’une Europe forte, libre et fidèle à ses principes.

C’est pourquoi j’ai voulu venir ici, à Prague, à l’université Charles, au cœur de l’Europe, réfléchir avec vous au sens de 1989 et de ce que cette année nous dit aujourd’hui de qui nous sommes et de l’ambition européenne qui doit rester la nôtre. C’est un message d’un Européen à d’autres Européens sur cette année si singulière, un message sur ses espoirs et ses désillusions, mais aussi un message sur l’avenir de l’esprit de 1989 que je suis venu aujourd’hui vous adresser.

Le désenchantement que certains décrivent aujourd’hui a de quoi interpeler les historiens et les chercheurs. C’est justement l’un des enjeux de ce colloque, organisé par le Centre français de recherche en sciences sociales de Prague ainsi que l’Académie des sciences et l’Université Charles, que je remercie de m’avoir invité à m’exprimer devant vous aujourd’hui.

Il y a de quoi interpeler les historiens et les chercheurs, mais il y a aussi de quoi interpeler tous les Européens – et singulièrement ceux qui sont en responsabilité politique. Il nous met face à des questions essentielles : les mémoires plurielles de notre histoire, l’autonomie et la sécurité de l’Europe, l’articulation de la souveraineté des Etats et de la souveraineté européenne.

Répondre à ce désenchantement, retrouver le fil et l’énergie de notre rêve européen, c’est notre défi commun.

Je vais commencer par vous dire ce que je ne suis pas venu faire à Prague. Je suis un homme politique dans un colloque scientifique de sciences sociales. Nous avons chacun nos responsabilités. Elles sont grandes mais elles sont distinctes. Et je ne suis donc pas venu ici faire une leçon d’histoire.

Les chercheurs doivent pouvoir travailler librement sur cette séquence de l’histoire comme sur d’autres. Cette année, nous ne commémorons pas seulement 1989, mais également les 80 ans du pacte Molotov-Ribbentrop et de l’organisation des occupations nazies et soviétiques sur l’Europe qui se sont confondues puis succédées.

Car la tentation est grande pour certains de conduire une « politique de l’histoire » de nature à instrumentaliser le passé, à attiser ses braises, à ajouter à la confusion, au service d’une idéologie. Aujourd’hui, nous sommes confrontés au risque de ré-écritures de l’histoire à l’aune d’intérêts et de narratifs nationaux revisités.

Trop de légendes érigées en vérités officielles ont nourri des déchirements sanglants sur notre continent pour que nous restions indifférents à leur résurgence. Retourner aux idéaux de l’Europe des Lumières, c’est préserver l’esprit critique au sein de nos sociétés. Si vérité et contre-vérités se valent, alors c’est le sens même du mot vérité qui est vidé de son sens.

C’est pour cela, Mesdames et Messieurs, que 23 Etats, dont la France, ont demandé la création, sous l’impulsion de la présidence française du Conseil de l’Europe, d’un observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe. En dressant un état des lieux neutre et factuel des programmes et manuels scolaires, cet observatoire permettra de faire dialoguer nos enseignements, permettra d’empêcher la réapparition des discours racistes, xénophobes ou antisémites, d’œuvrer au rapprochement entre les peuples. Et peut-être ainsi parviendra-t-on à montrer que, dans le respect de nos histoires singulières, il y a aussi une histoire qui nous rassemble, l’histoire de notre continent et de cet esprit européen dont nous sommes les héritiers et les garants.

Comme le disait l’un des plus grands historiens français, Marc Bloch, « l’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé ». Elle peut naître aussi de la manipulation de l’histoire. Parmi les principes européens, figure la liberté académique et là où elle est menacée, ce sont la démocratie et la paix qui sont en danger.

Notre responsabilité de politique, en revanche, par rapport à la responsabilité scientifique, c’est de construire, sur le fondement de vos travaux de recherche, une mémoire européenne partagée, en suivant deux principes.

Tout d’abord, le respect exigeant des mémoires nationales qui doivent être reconnues et écoutées. Nos récits nationaux sont bâtis autour de références électives au passé. Une même date peut résonner de façon différente d’un Etat européen à l’autre.

Ainsi 1968 ne soulève pas les mêmes échos dans les mémoires françaises, tchèques ou polonaises. Autre exemple, nous venons de célébrer le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale à Paris, il y a un an. Chez nous 1918 signifie l’armistice et le soulagement des Français. Mais dans votre région, jusqu’en 1923, ce sont bien la dislocation des empires, les guerres, les révolutions, les déplacements de population, les pogroms qui marquent cette période.

Et même 1989, pour un Français ou un Allemand, ce sera d’abord les images de la chute du Mur de Berlin, avant celles par exemple, tout aussi émouvantes, de la chaîne humaine qui dès la fin août 1989 traverse les trois Etats baltes, Etats dont nous n’avions jamais reconnu l’annexion mais qui n’avaient pas encore recouvré leur souveraineté. Cette compréhension de nos différentes mémoires nationales doit être au cœur de la construction européenne. Il faut que tous les Européens, à commencer par les Français, l’entendent et le comprennent.

Deuxième principe, dire cela, ce n’est pas cautionner les projets de réécriture ou d’instrumentalisation du passé. Ce n’est pas encourager le relativisme historique ni le révisionnisme. Ce n’est pas non plus promouvoir un récit unificateur par le haut. Il ne s’agit pas de construire une histoire unique, mais bien de développer une « conscience historique européenne » fondée sur la conviction que nos histoires nationales doivent former le fondement d’une conscience commune d’être des Européens, enfin unis dans leur diversité.

Gardons à l’esprit cette phrase de Victor Hugo : « Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaye de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux. » Commémorer 1989 et réfléchir ensemble à ses promesses, celles réalisées comme celles déçues, ne peut que renforcer notre détermination à construire notre avenir commun dans la paix et la démocratie.

Si je suis là aujourd’hui, c’est donc parce que je suis convaincu que la mémoire européenne doit faire droit à la polyphonie des mémoires nationales. Je suis convaincu que nous avons encore à nous réconcilier avec la diversité de nos mémoires, pour mieux saisir en quoi cette diversité est au cœur de ce qu’est l’Europe.

Quand il évoquait la « tragédie de l’Europe centrale » en 1983, Milan Kundera ne parlait pas seulement de la domination soviétique. Il regrettait surtout que l’Europe centrale n’existe plus dans les yeux de l’Ouest que comme une partie de l’Empire soviétique. Les différences, pas plus aujourd’hui qu’hier, ne doivent effacer ce qui nous unit, notre communauté de destin et des principes universels hérités des Lumières.

Je crois, en effet, qu’il n’y a qu’en intégrant toutes ces voix au récit collectif que nous devons construire ensemble, en les faisant dialoguer au sein de ce récit, que nous pourrons pleinement saisir le sens de 1989 dans l’histoire des Européens. Si j’y insiste, si j’y ai insisté, dans ce début de propos, c’est parce que nous avons besoin de comprendre d’où nous venons pour décider ensemble où nous devons aller.

Permettez-moi de vous dire dès lors ce que représente 1989 pour un Français et pourquoi j’ai voulu venir ici, à Prague, célébrer le tournant de 1989 où, après cinquante ans d’occupation – nazie puis soviétique –, les pays d’Europe centrale ont recouvré leur liberté, leur souveraineté et où la réunification de l’Europe a pu commencer. 1989 nous a légué trois grands héritages : la liberté, la souveraineté, l’unité.

1989 marque évidemment le retour de la liberté, des libertés, la fin de l’oppression totalitaire et de la destruction de l’individu, la victoire de la démocratie et de l’Etat de droit, c’est-à-dire la consécration d’un Etat qui non plus opprime, mais protège.

C’est bien le sens du projet européen que Jean Monnet décrivait ainsi : « nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes ». Il aurait pu ajouter : « des hommes libres ». N’oublions pas qu’il ne peut y avoir de démocratie sans un régime qui protège les droits et les libertés, et qui assure la prééminence du droit sur la force. Ceux qui assimilent la démocratie dite « libérale » à la « tyrannie » des minorités, ceux qui assimilent la démocratie dite « libérale » au multiculturalisme, au mépris des traditions, ne sont pas seulement des sophistes, ce sont aussi des amnésiques. Ils oublient qu’ici même à Prague, comme à Varsovie, à Budapest, des hommes et des femmes ont résisté au totalitarisme et combattu, au prix de leur vie, pour la liberté.

Je suis donc venu ici d’abord pour rendre hommage à celles et ceux qui, il y a trente ans, se sont soulevés et ont imposé, à des gouvernements médusés, « le pouvoir des sans-pouvoirs », pour reprendre la célèbre formule de Vaclav Havel.

Vaclav Havel – c’est un nom que je ne peux prononcer ici sans que ne me revienne à l’esprit, Tomáš en a parlé tout à l’heure, le matin du 9 décembre 1988 et la rencontre historique, entre François Mitterrand et huit dissidents tchécoslovaques, dont celui qui allait devenir le premier Président d’un pays libéré. Je suis fier, très fier que la France ait ainsi reconnu son combat. Et l’année suivante, nous avons été nombreux, en France, à suivre avec admiration et avec enthousiasme les peuples d’Europe centrale qui prenaient leur destin en main et choisissaient d’écrire eux-mêmes leur histoire, d’écrire, en fait, pas uniquement leur histoire, d’écrire notre histoire , celle de l’Europe réunifiée.

Avec eux, je veux aussi saluer la mémoire des dissidents dont l’esprit de résistance avait, en un sens, préparé ce sursaut. Je pense à Jan Palach. Je pense évidemment à Vaclav Havel, à Jan Patocka et tous ceux qui ont porté avec eux la Charte 77. Je pense au père Popieluszko , aumônier de Solidarnosc, et je pense à tant d’autres, y compris les étudiants de Budapest en 1956, qui se sont battus pour la liberté.

J’ai dit 1989, la liberté, mais 1989, je le sais, marque aussi le recouvrement de l’indépendance et de la souveraineté pour tous les pays auparavant sous le joug soviétique. Les révolutions de 1989 ont mis fin à la doctrine Brejnev, cette théorie de la souveraineté limitée, formulée après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques et leurs alliés le 21 août 1968, après les immenses espoirs soulevés par le printemps de Prague. Et c’est encore ici, à Prague, que cette doctrine disparaît, lorsque le Pacte de Varsovie est dissous, le 1er juillet 1991.

Cette souveraineté retrouvée, il y a 30 ans, doit nous rendre attentifs aux réticences qui s’expriment ici ou là vis-à-vis de la notion de « souveraineté européenne », j’y reviendrai. Et je comprends l’attachement des pays anciennement dans le bloc de l’Est à la souveraineté nationale, ce bien précieux dont ils n’avaient joui que par éclipses. C’est pour cela aussi que ceux qui doivent choisir leurs alliances – ou leur absence d’alliance – sont bien les pays concernés, et les peuples qui les composent, et non des puissances tierces.

Enfin, la liberté retrouvée en 1989, c’est celle du continent européen tout entier. Je l’ai dit déjà, je préfère le mot de réunification de l’Europe, qui nous rapproche, à celui d’élargissement, qui nous éloigne les uns des autres. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus. Ce qui est mal nommé ne peut pas précisément se penser.

Cette liberté retrouvée, cette histoire que vous avez écrite avec courage, vous Tchèques, Slovaques, Polonais, Hongrois, Roumains, c’était aussi les nôtres. Vous nous les avez rendues. La liberté de l’Europe, y compris celle de l’Ouest, était limitée par la servitude de l’Europe centrale et le glacis soviétique. 1989, c’est la fin de Yalta, un ordre que nous avons subi mais que la France n’a jamais accepté. C’est plus qu’un « retour à l’Europe » – que les pays d’Europe centrale n’ont jamais quitté, comme le notait Milan Kundera – c’est la consécration d’un fait géographique, mais aussi culturel et donc politique, parfois complaisamment occulté, c’est l’unité du continent européen.

Je voudrais vous le dire, Mesdames et Messieurs, pour reprendre ce que disait Tomáš dans son propos tout à l’heure, l’Europe « de l’Est » n’a jamais existé. C’est une création artificielle de la guerre froide. Ce n’est pas une division pertinente née de l’histoire longue européenne. Avec 1989, pour la première fois, l’Europe, longtemps privée d’une partie essentielle d’elle-même, a la chance de devenir l’acteur de son histoire et plus seulement son sujet.

Et ceux qui tirent argument de l’absence d’unité de l’Europe aujourd’hui pour condamner le projet européen se trompent : l’unité de notre continent n’est pas une abstraction ou un slogan politique, une « rêverie d’intellectuel », c’est une réalité concrète, pour tous les Européens qui vivent au quotidien cette liberté de circulation si chèrement acquise.

C’est peut-être l’une des conséquences les plus funestes de la crise des réfugiés de 2015, que ces frontières qui se ferment, ces murs qui s’érigent, cette contestation de l’espace de libre circulation créée par les accords de Schengen. Car Schengen est, avec l’euro ou dans un autre domaine Erasmus, une des traductions les plus concrètes, les plus visibles, de l’unification européenne. Ces acquis sont aussi nécessaires qu’ils sont fragiles, comme d’ailleurs la construction européenne. C’est pourquoi, face aux Cassandre si prompts à faire la leçon et mus par des intérêts électoralistes, n’hésitons jamais à rappeler ce que, ensemble, nous avons pu et su bâtir au service des peuples.

L’horizon de cette mémoire plurielle de 1989, c’est bien sûr notre projet européen commun. Je voudrais vous dire maintenant les conclusions que je tire de ce retour sur notre histoire commune pour notre avenir commun.

Le projet que nous portons, la France, vous, nous, est un projet d’humanisme européen, qui commence avec la défense intransigeante de nos valeurs et de nos principes. C’est un projet de convergence sociale, économique et fiscale, Tomáš l’a rappelé. Car il est urgent de répondre aux désillusions et de résorber les fractures européennes. Elles ne sont pas un nouveau mur entre « deux Europe » coexistant au sein de l’Union européenne. Les inégalités, les tentations populistes, la perte du sens et des repères sont pour nous tous des enjeux partagés. Nous devons les considérer comme des enjeux communs.

Ce projet, c’est, face aux excès de la mondialisation, face aux défis de la compétition internationale, un projet de puissance européenne au service de nos peuples. Plus que jamais les désordres internationaux et l’expression brutale des rapports de force structurent aujourd’hui la vie internationale. Et l’Europe est face à une alternative : subir et risquer de se voir dicter ses propres choix ; ou s’affirmer pour peser à chaque fois que nécessaire, au service de son identité et de ses principes.

Je choisis sans hésiter la seconde option. Pourquoi ? Parce que nous savons, depuis Paul Valéry, que les civilisations sont mortelles. Comment ? En faisant de l’Europe un acteur de son destin.

Et dans cet ensemble, il est aussi une évidence que je me dois de rappeler : ce projet, nous ne pourrons espérer le mener à bien, dans la durée, que si nous sommes à même de garantir notre sécurité.

C’est pourquoi je crois qu’on ne peut pas évoquer l’année 1989, où l’Europe s’est réunifiée autour des principes démocratiques et des valeurs humanistes, sans évoquer l’année 1990 et l’adoption de la Charte de Paris pour une nouvelle Europe. De quoi s’agissait-il ? De construire une sécurité collective européenne en opérationnalisant les dix grands principes adoptés dès 1975 à Helsinki.

Or, cette ambition de construire une sécurité collective européenne, si présente dans le début des années 90, s’est progressivement effacée. Elle doit être ranimée.

En effet, peu à peu, nous avons vu se défaire les éléments qui contribuaient à établir l’architecture de sécurité prévue par la Charte de Paris et nous avons assisté à un effort méthodique de déconstruction qui a contribué au démantèlement progressif, systématique et désormais presque complet de tous les instruments de régulation de la violence : des mesures de confiance jusqu’aux traités de limitation et de réduction des armements, quelles que soient les catégories, et c’est au total un vide dangereux qui s’instaure et fait peser sur notre continent, de nouveau, le risque du conflit, conflit par accident, conflit par dessein. Les incidents militaires qui se multiplient le montrent. Être fidèle aux promesses de 89, c’est vouloir sortir de cette instabilité, c’est vouloir réduire ces risques.

Depuis les conflits de l’ex-Yougoslavie qui avaient montré aux Européens quelles étaient leurs responsabilités pour assurer la sécurité de leur continent, d’autres menaces ont surgi. Je ne pense pas seulement à l’hyper-violence terroriste. La guerre est à nouveau revenue en Europe : en Géorgie puis en Ukraine. Des armes chimiques ont été utilisées sur le sol d’une grande ville européenne. Des attaques numériques ont cherché à saboter et à ébranler jusqu’aux fondements de nos démocraties, nos processus électoraux, nos débats publics.

Certains semblent s’y résigner. Mais nous, les Européens, après les drames terribles qui ont semé la désolation sur notre continent, tout au long du XXe siècle, nous ne saurions nous y résoudre. C’est la raison pour laquelle nous ne souhaitons pas nous satisfaire du statu quo face à la Russie, dont on sait les actions agressives qui ont bouleversé notre environnement stratégique depuis une décennie.

Alors, de quoi avons-nous besoin pour garantir notre sécurité et revenir aux promesses de novembre 1990 où, à Paris, était adoptée cette Charte destinée à refonder les principes de l’architecture de sécurité européenne ?

Nous avons d’abord besoin du lien transatlantique.

Nous aussi, Français, nous voulons le préserver. Nous en avons besoin, politiquement, militairement, stratégiquement. Et notamment dans les opérations militaires que nous conduisons au Levant et au Sahel, avec la présence de forces de la République tchèque. Ce qui n’interdit pas d’en considérer les évolutions avec lucidité et d’en tirer toutes les conséquences. Chacun comprend que le temps où l’Europe pouvait confier entièrement à d’autres le soin de sa sécurité et se reposer exclusivement sur eux, ce temps-là est révolu. Et ce mouvement ne date pas de l’élection du Président Trump. Ce que nous appelons, en Europe, l’autonomie stratégique et qui recouvre en fait exactement la notion de partage du fardeau, est une condition - une condition -d’un lien transatlantique fort et crédible.

D’ailleurs, certains interlocuteurs américains suggèrent que notre capacité à agir pour nous-mêmes est précisément ce qui fait de la France le meilleur partenaire pour Washington en matière de défense.

Nous avons besoin du lien transatlantique, nous avons aussi besoin que l’OTAN reste ce qu’elle a enfin pu être pour chacun d’entre nous après 89 : une force de stabilité.

C’est pourquoi la France a souhaité ouvrir le débat sur le trouble qui existe actuellement dans l’Alliance atlantique. Le Sommet qui vient de se tenir à Londres a marqué le début d’une véritable discussion stratégique en son sein. Nous y étions tous les deux. C’était nécessaire, au nom même de la pérennité et de la consolidation du lien transatlantique.

La condition sine qua non pour la force de l’Alliance atlantique, c’est désormais que les Européens se montrent plus proactifs et qu’ils assurent davantage de responsabilités, à l’intérieur d’une alliance refondée et rééquilibrée. Il n’y aura pas plus de défense européenne sans OTAN que d’OTAN crédible et soutenable sans renforcement des responsabilités européennes.

Nous le pensons depuis longtemps et la France est engagée concrètement dans la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN, dans les Etats baltes ou en mer Noire. La France respecte les intérêts de sécurité de tous ses partenaires et alliés européens, elle les fait entièrement siens. Elle les défendra toujours comme une priorité intangible. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré le président Macron avant-hier à Londres. Nous sommes et nous resterons intraitables quand notre souveraineté ou celle de nos partenaires et alliés est en jeu. Nos alliés peuvent compter sur la France, sur son engagement, sur son armée. Toujours.

Et troisièmement, nous avons besoin d’une organisation de la sécurité en Europe qui garantisse la stabilité stratégique de l’ensemble du continent.

C’est le sens de la formule de l’OTAN qui depuis 1967 allie dissuasion et dialogue. C’est aussi le sens de la proposition du président de la République pour une architecture européenne de sécurité et de confiance.

Disons-le clairement, je le dis ici, avec netteté : si nous voulons revenir sur le démantèlement systématique que j’ai évoqué il y a un instant, c’est avec la Russie qu’il faut que nous reprenions langue. Sans complaisance, sans naïveté, pour défendre la sécurité de tous les Européens, en jouant des rapports de force chaque fois qu’il le faudra. Mais nous ne pouvons pas tout simplement ignorer la géographie.

Les initiatives que nous avons prises, nous les avons conçues dans le respect strict des principes européens agréés. Et nous n’avons pas l’intention de négliger les intérêts de sécurité de nos partenaires européens, au contraire, car ce sont aussi les nôtres.

C’est pourquoi nous souhaitons que les Européens se saisissent des grands sujets stratégiques, militaires, nucléaires, qui concernent directement leur sécurité. Et parmi ceux-ci, la reconstruction d’un cadre de droit et de mesures de transparence doit permettre de limiter les risques d’escalade militaire involontaire, de fixer des contraintes sur les capacités de nos adversaires potentiels et de réduire ainsi la menace.

Avec la suppression du traité sur les Forces conventionnelles en Europe, la fin du traité sur les Forces nucléaires intermédiaires et les incertitudes qui pèsent d’ici 2021 sur le traité New START, l’Europe risque de se retrouver le théâtre d’une compétition militaire et nucléaire débridée, sans foi ni loi. Nous n’avons pas connu, nous n’avons pas vécu de telle situation depuis la fin des années 1960, au lendemain des crises de Berlin et du Cuba.

Cette refondation de la maîtrise des armements en Europe est de notre responsabilité, à nous Européens, si nous voulons éviter de devenir un simple théâtre d’affrontement de puissances tierces. Nous souhaitons donc qu’une telle réflexion des Européens soit lancée prochainement, comme contribution européenne à la réflexion stratégique de l’Alliance atlantique qui a été engagée avant-hier, et à la défense de nos intérêts et de notre vision de l’ordre international.

Enfin, Mesdames et Messieurs, nous devons retrouver l’esprit et le sens d’Helsinki, l’esprit et le sens de la Charte de Paris.

Quand les principes d’Helsinki sont ignorés ou violés, c’est toujours aux dépens de ce que nous tentons de construire ici, en Europe. Les trente dernières années nous l’ont montré. Quand la logique des sphères d’influence revient, c’est l’égalité souveraine des Etats et le respect des droits inhérents à la souveraineté, qui sont bafoués. Quand une seule frontière est remise en cause par la force, c’est l’inviolabilité de toutes les frontières qui vacille et, avec elle, les principes de non-recours à la force et d’intégrité territoriale des Etats. Quand les opposants sont en prison, les libertés fondamentales ou académiques battues en brèche, ce sont les droits de l’Homme et la démocratie qui sont foulés aux pieds.

C’est pourquoi, je crois que ces principes de base, Helsinki et Charte de Paris, et la nécessité de les opérationnaliser restent pleinement d’actualité. A nous de remettre sur le métier ce qui a été tenté il y a trente ans. Dans le courant de l’année, nous ferons en sorte que cette discussion puisse intervenir au niveau européen, afin que nous puissions nous saisir collectivement de ce sujet d’ici novembre prochain, à l’occasion de la troisième édition du Forum de Paris sur la paix en novembre 2020.

Au fond, en matière de sécurité comme sur d’autres sujets, notre défi, c’est de bâtir une véritable souveraineté européenne..

Et nous avons commencé à y travailler. Grâce à ces efforts, l’Europe commence enfin à assumer la puissance qui est la sienne pour rester libre de ses choix, libre aussi d’assumer les valeurs qu’elle porte.

Cette souveraineté commune ne retranche rien à nos souverainetés nationales. Dans un monde dangereux, dans un monde de compétition à outrance, elle les protège. Faire le choix de l’une, ce n’est pas renoncer à l’autre. Bien au contraire !

Je comprends que les pays qui, il y a encore trente ans, appartenaient au bloc de l’Est soient farouchement attachés à leur souveraineté. Mais je veux leur dire que la souveraineté européenne, ce n’est ni le retour du Saint-Empire, ni le retour de la doctrine Brejnev à la mode bruxelloise. C’est la possibilité pour chaque Etat de rester indépendant dans un monde où la rivalité des puissances se fait sentir dans tous les domaines.

Je voudrais vous le dire avec beaucoup de force : le vrai Européen, ce n’est pas celui qui nie l’existence et l’importance des Etats-nations ; de même que le vrai patriote, ce n’est pas celui qui rejette et condamne l’Europe. L’Européen patriote ou le patriote européen, c’est celui qui, au contraire, sait que, sans nations fortes, le projet européen est fragilisé et que sans Europe forte, nos nations sont plus faibles.

Enfin, si nous ne voulons pas subir le XXIe siècle, il y a un domaine que les Européens doivent maîtriser absolument pour garantir cette souveraineté, nous avons beaucoup évoqué ce sujet avec Tomáš tout à l’heure : c’est le numérique.

Car dans ce domaine aussi, il y a un vrai risque que d’autres nous imposent leurs choix, qu’il s’agisse de pays ou d’entreprises.
Dans ce nouvel espace de conflictualité, on voit se déployer des stratégies de puissance sophistiquées qui visent à attaquer et à déstabiliser. Ce qui nous menace, c’est aussi le risque de dépendance aux technologies des autres, de la 5G à l’intelligence artificielle. C’est enfin le risque que les pratiques de certains grands acteurs du secteur privé, faute de régulation, contreviennent aux droits fondamentaux de nos concitoyens, en particulier en matière de respect de la vie privée.

Nous devons donc réagir, entre Européens, pour construire une souveraineté numérique européenne à la fois efficace et conforme à nos valeurs, c’est-à-dire ni isolationniste, ni dominatrice, mais en mesure de nous donner la capacité de décider librement notre destin.

Il faut le dire : nous ne partons pas de rien. Nous avons des infrastructures techniques, des écosystèmes d’innovation. Nous avons une vision du monde numérique que nous souhaitons : un monde numérique « libre, ouvert, sûr ». Nous avons une capacité à la promouvoir. Nous l’avons déjà fait avec le règlement général sur la protection des données, le RGPD, et nous travaillons à le faire sur la fiscalité du numérique.

A mon sens, quatre chantiers doivent nous occuper pour construire la souveraineté numérique de l’Europe et porter une vision européenne du numérique et des droits de l’Homme à l’ère du numérique.

Nous devons d’abord renforcer la sécurité du cyberespace.

Je l’ai dit, la sécurité, c’est le fondement de notre souveraineté. L’espionnage, le sabotage, l’intrusion prennent de nouvelles dimensions à l’ère numérique et constituent des atteintes que nous ne pouvons pas accepter. Pour nous prémunir de ces menaces et le cas échéant y répondre, nous devons nous doter de capacités propres. Nous devons aussi renforcer la stabilité de l’environnement dans lequel elles prennent place, c’est-à-dire le cyberspace.

Nous avons déjà lancé plusieurs initiatives en ce sens : par exemple l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace, qui réunit des gouvernements et des entreprises pour élaborer des principes communs afin de protéger les droits des personnes et renforcer les normes internationales ; l’Appel de Paris, mais aussi l’appel de Christchurch pour empêcher l’utilisation d’internet à des fins terroristes. Et nous pouvons aussi aider d’autres pays à se protéger, sans avoir à s’inféoder à une cyber-puissance.

Nous devons deuxièmement aussi gagner la bataille de l’innovation.

En quelques années, l’Europe a retrouvé le chemin de l’innovation numérique. Plusieurs villes européennes, dont Paris, sont devenues des écosystèmes innovants.

L’Europe doit rassembler ses forces et proposer des solutions européennes aux défis de demain : les villes intelligentes, la santé connectée, le transport autonome. Nous devons identifier les secteurs et les domaines critiques, de la 5G aux questions touchant à l’identité numérique et aux crypto-monnaies. Et nous devons, bien sûr, encore progresser dans la recherche en lien avec les entreprises.

Ma conviction, c’est que nous devons certes continuer à progresser dans la mise en place d’un vrai marché unique du numérique. Mais cela ne saurait épuiser le sujet. Il nous faut aussi travailler avec détermination au renforcement des technologies numériques européennes, s’agissant du stockage des données, de gestion du big data, ou de l’informatique en nuage. C’est la clé pour assurer le respect de nos valeurs et de nos droits.

Troisièmement, nous devons également consolider notre rôle de puissance normative.

Comme nous l’avons fait avec le RGPD, il faut que nous continuions à innover aussi sur le terrain des règles : pour assurer la prévisibilité et la confiance dans le secteur, mais aussi pour imposer le respect des principes fondamentaux. Je pense à la régulation de l’intelligence artificielle, à la régulation des contenus, à la sécurité dans le cyberespace. Sur tous ces sujets nous aurons à bâtir, mon cher Tomáš, des coalitions majoritaires. Mais nous saurons le faire.

Enfin, quatrièmement, nous devons protéger les biens communs que sont les infrastructures numériques communes et ouvertes.

Aujourd’hui, un innovateur européen est contraint de recourir à un ensemble de ressources - infrastructures, données, systèmes de paiement - qui sont la propriété d’acteurs monopolistiques. Ces derniers, à travers des termes de référence, qu’ils définissent eux-mêmes et sans concertation, imposent leurs propres règles du jeu.

Parce que nous n’avons pas une vision hégémonique de la souveraineté, nous voulons plutôt que le monde numérique soit organisé autour de biens communs, sans appropriation par ceux qui détiennent des monopoles de fait par leur puissance de calcul, par ceux qui détiennent les monopoles de fait par la maîtrise de la technologie ou par la domination financière. C’est pourquoi nous devons rester vigilants pour protéger ou développer des infrastructures numériques communes et ouvertes qui soient utilisables par tous et améliorables par tous.

Sur tous ces sujets, la France souhaite qu’avec des pays européens volontaires nous puissions lancer en 2020 une réflexion sur la souveraineté numérique européenne, et j’ai le sentiment que cette réflexion-là est cohérente avec les premières interventions de la nouvelle présidente de la Commission.

Mes chers amis,

Je vais conclure, j’ai été long. Je voudrais vous dire que s’il y a une chose que nous enseigne rétrospectivement 1989, c’est bien que l’histoire n’est pas linéaire. Il est désormais de bon ton de dénoncer l’arrogance occidentale qui, face à l’effondrement du bloc soviétique, a conclu à la victoire de la démocratie libérale et de l’économie de marché.

Mais il ne faudrait pas qu’au « déterminisme démocratique » de l’époque succède, trente ans plus tard, une sorte de « déterminisme populiste ». Face à la montée des populismes, face à la contestation du modèle de démocratie libérale, face à la remise en cause du multilatéralisme, on prédit désormais « la fin de l’ordre libéral ». Une nouvelle fin de l’histoire en quelque sorte, inversée, qui tiendrait plus du repli frileux que de l’avenir radieux.

Or la véritable leçon de 1989, c’est que l’histoire n’est jamais écrite à l’avance, et que ce sont les peuples qui l’écrivent. On ne peut que s’en réjouir en tant que dirigeant politique ; c’est une excellente nouvelle, en effet, car cela veut dire que les Européens sont libres d’inventer leur futur et qu’en œuvrant ensemble, ils seront en mesure de créer et de défendre les modèles de société et de gouvernance internationale auxquels ils croient. Et comme le disait Vaclav Havel, l’esprit de résistance et le courage paient.

1989 n’a sans doute pas encore tenu toutes ses promesses. Est-ce une raison pour céder au désenchantement ambiant ? Je ne le crois pas. J’y vois plutôt une raison supplémentaire, pour les Européens, de continuer à travailler ensemble à écrire leur histoire commune.

C’est, je crois, la plus belle manière de rester fidèle à l’esprit de 1989 et de rendre hommage à celles et ceux qui, il y a trente ans, par leur foi, par leur endurance, leur enthousiasme, ont fait l’histoire, votre histoire, notre histoire, au bénéfice de notre Europe commune, une Europe libre, souveraine, humaniste.

Aussi, afin d’inviter chacun d’entre nous à puiser dans la force de 1989 pour mieux construire ensemble l’Europe de demain, vous me permettrez de conclure par une parole inspirée de Nietzsche pleine de sagesse pour nous tous : féconder le passé en créant l’avenir, que tel soit notre présent.

Je vous remercie.

Jean-Yves Le Drian, Minister für Europa und auswärtige Angelegenheiten : Redebeitrag beim Kolloquium „Beyond 1989 : Hopes and Disillusions after Revolutions”

Prag, Freitag, den 6. Dezember 2019

Sehr geehrter Herr Minister, lieber Tomáš,
sehr geehrter Herr Rektor der Karls-Universität, unser heutiger Gastgeber,
sehr geehrte Frau Vizerektorin,
sehr geehrter Herr Direktor der Akademie der Wissenschaften,
sehr geehrter Herr Direktor des CEFRES, lieber Jérôme Heurtaux,
sehr geehrte Damen und Herren,
liebe Freunde,

dreißig Jahre sind seit 1989 vergangen. Eine ganze Generation. Alles begann mit Euphorie und wurde zu Zweifeln.

Ich bin überzeugter Europäer und ich kann Ihnen sagen, dass Europa im Zentrum meines politischen Engagements steht. Ich erinnere mich an die Leidenschaft und den Jubel dieser Tage, die im Herbst 1989 das Antlitz unseres Kontinents verändert und ausnahmslos alle Völker Europas bewegt haben.

Als Minister für Europa und auswärtige Angelegenheiten Frankreichs bin ich bestürzt darüber, dass unsere Gedenkfeierlichkeiten zur Erinnerung an das Jahr 1989 in jedem Jahrzehnt etwas zögerlicher und weniger vereint begangen werden. Und das, obwohl wir heute mehr denn je ein starkes, freies und grundsatztreues Europa brauchen.

Deshalb wollte ich hier in Prag, an der Karls-Universität, im Herzen Europas, gemeinsam mit Ihnen über das Jahr 1989 nachdenken, darüber, was es heute über uns und die europäischen Bestrebungen aussagt, zu denen wir uns weiterhin bekennen sollten. Es ist eine Botschaft eines Europäers an andere Europäer zu diesem so besonderen Jahr, eine Botschaft über seine Hoffnungen und Enttäuschungen, aber auch eine Botschaft über die Zukunft des Geistes von 1989, die ich heute an Sie richten möchte.

Die heute von einigen geäußerte Ernüchterung beschäftigt Historiker und Forscher. Und genau darum soll es unter anderem auch bei diesem Kolloquium gehen‚ das vom französischen Forschungszentrum für Sozialwissenschaften in Prag sowie von der Akademie der Wissenschaften und der Karls-Universität organisiert wird, denen ich dafür danke, dass sie mich eingeladen haben, heute hier vor Ihnen zu sprechen.

Diese Ernüchterung beschäftigt Historiker und Forscher, aber auch alle Europäer sollten sich damit beschäftigen — und insbesondere diejenigen, die in der politischen Verantwortung stehen. Sie wirft wichtige Fragen auf : nach den vielfältigen Erinnerungskulturen zu unserer Geschichte, der Autonomie und Sicherheit Europas, der Verknüpfung zwischen der staatseigenen und der europäischen Souveränität.

Auf diese Ernüchterung zu reagieren, den Faden und die Energie unseres europäischen Traumes wiederzufinden, das ist unsere gemeinsame Herausforderung.

Zuerst werde ich Ihnen sagen, wofür ich nicht nach Prag gekommen bin. Ich bin Politiker in einem sozialwissenschaftlichen Kolloquium. Wir tragen alle Verantwortung. Große Verantwortung, aber sehr unterschiedliche. Und deshalb bin ich nicht hier, um Ihnen eine Geschichtslektion zu erteilen.

Die Wissenschaftler müssen zu diesem Abschnitt der Geschichte genauso frei forschen können, wie zu anderen. In diesem Jahr gedenken wir nicht nur des Jahres 1989, sondern auch des 80-jährigen Bestehens des Deutsch-Sowjetischen Nichtangriffspakts und der zunächst zeitgleichen und später aufeinanderfolgenden Aufteilung der nationalsozialistischen und sowjetischen Besatzung Europas.

Für einige ist die Versuchung groß, eine „Politik der Geschichte“ zu betreiben und im Dienste einer Ideologie die Vergangenheit zu instrumentalisieren, das Feuer zu schüren sowie zu noch mehr Verwirrung beizutragen. Heute besteht die Gefahr, dass sich die Geschichte aufgrund neu definierter nationaler Interessen und Narrative wiederholt.

Zu viele zu offiziellen Wahrheiten erhobene Legenden haben auf unserem Kontinent zu blutigen Konflikten geführt, damit wir ihrem Wiederaufblühen gleichgültig gegenüberstehen. Zu den Idealen des Europas der Aufklärung zurückzukehren bedeutet, das kritische Denken in unseren Gesellschaften zu bewahren. Wenn Wahrheit und Unwahrheit gleichbedeutend sind, dann wird der Sinn des Wortes Wahrheit selbst ausgehöhlt und inhaltsleer.

Aus diesem Grund, meine Damen und Herren, haben 23 Staaten, darunter Frankreich, auf Initiative des französischen Vorsitzes des Europarats die Einrichtung einer Beobachtungsstelle für den Geschichtsunterricht in Europa gefordert. Durch eine neutrale und faktenbasierte Beurteilung der Lehrpläne und Schulbücher wird es durch diese Beobachtungsstelle möglich, einen Austausch zwischen unseren Bildungswesen anzuregen, ein Wiederaufflammen rassistischer, fremdenfeindlicher oder antisemitischer Rhetorik zu verhindern und die Annäherung zwischen den Völkern zu fördern. Und vielleicht gelingt es uns dadurch zu zeigen, dass es unter Achtung unserer individuellen Geschichten auch eine Geschichte gibt, die uns vereint, die Geschichte unseres Kontinents und dieses europäischen Geistes, dessen Erben und Garanten wir sind.

Wie einer unserer großen Historiker, Marc Bloch, sagte, „erwächst das Unverständnis der Gegenwart fatalerweise aus der Ignoranz der Vergangenheit“. Sie kann auch aus der Manipulation der Geschichte erwachsen. Zu den europäischen Grundsätzen gehört die akademische Freiheit, und dort, wo sie bedroht ist, sind Demokratie und Frieden gefährdet.

Unsere politische Verantwortung, im Verhältnis zur wissenschaftlichen Verantwortung, besteht jedoch darin, auf der Grundlage Ihrer Forschungsarbeit ein gemeinsames europäisches Gedächtnis zu schaffen, das auf zwei Grundsätzen beruht.

Zunächst die Wahrung nationaler Erinnerungskultur, die anerkannt und gehört werden muss. Unsere nationalen Geschichten beruhen auf vergangenheitsbezogenen Referenzen. Ein und dasselbe Datum kann in verschiedenen europäischen Staaten unterschiedliche Reaktionen hervorrufen.

So erfährt das Jahr 1968 in der französischen, tschechischen und polnischen Geschichte nicht die gleiche Resonanz. Ein weiteres Beispiel ist das Gedenken an das Ende des Ersten Weltkriegs vor 100 Jahren, das letztes Jahr in Paris begangen wurde. 1918 bedeutet für uns Waffenstillstand und Erleichterung bei den Franzosen. In Ihrer Region ist diese Zeit bis 1923 jedoch durch den Zerfall von Reichen, Kriege, Revolutionen, Vertreibungen der Bevölkerungen und Pogromen geprägt.
Und selbst 1989 ruft bei Franzosen oder Deutschen zunächst die Bilder des Falls der Berliner Mauer wach, noch vor den – ebenso bewegenden – Bildern der Menschenkette, die ab Ende August 1989 die drei baltischen Staaten durchquerte, Staaten, deren Annexion wir nie anerkannt haben, die jedoch ihre Souveränität noch nicht wiedererlangt hatten. Dieses Verständnis unserer verschiedenen nationalen Geschichten muss im Mittelpunkt des europäischen Aufbauwerks stehen. Alle Europäer, angefangen bei den Franzosen, müssen dies verstehen.

Als zweites Prinzip gilt, dass dies zu sagen nicht bedeutet, die Pläne zur Neuschreibung oder Instrumentalisierung der Vergangenheit gutzuheißen. Es bedeutet auch nicht, den historischen Relativismus oder den Revisionismus zu unterstützen. Und ebenfalls nicht, eine von oben angeordnete vereinheitlichende Geschichte zu fördern. Es geht nicht darum, eine einheitliche Geschichte zu konstruieren, sondern um die Entwicklung eines „europäischen Geschichtsbewusstseins“, das auf der Überzeugung beruht, dass unsere nationalen Geschichten die Grundlage für ein gemeinsames Bewusstsein bilden müssen, Europäer zu sein, die endlich in ihrer Vielfältigkeit geeint sind.

Erinnern wir uns an diesen Satz von Victor Hugo : „Die Erinnerungen machen unsere Stärke aus. Wenn die Nacht versucht zurückzukehren, müssen wir wichtige Meilensteine entzünden, wie wir auch Fackeln entzünden.“ Des Jahres 1989 zu gedenken und gemeinsam über die Versprechen von damals nachzudenken, sowohl über die umgesetzten als auch die, die uns enttäuscht haben, kann unsere Entschlossenheit zur Gestaltung unserer gemeinsamen Zukunft in Frieden und Demokratie nur noch stärken.

Ich bin heute hier, weil ich überzeugt davon bin, dass die europäische Geschichte der Vielfalt der nationalen Geschichten gerecht werden muss. Ich bin davon überzeugt dass wir uns noch mit der Vielfalt unserer Geschichten auseinandersetzen müssen, um besser begreifen zu können, welch zentrale Rolle diese Vielfalt für das spielt, was Europa ausmacht.

Als Milan Kundera 1983 von der „Tragödie Mitteleuropas“ sprach, sprach er nicht nur über die sowjetische Dominanz. Er bedauerte vor allem, dass Mitteleuropa in den Augen des Westens nur noch als Teil des sowjetischen Reiches gesehen wurde. Die Unterschiede dürfen weder heute noch damals das auslöschen, was uns eint, unsere Schicksalsgemeinschaft und universelle Grundsätze, die noch aus der Zeit der Aufklärung stammen.

Ich glaube tatsächlich, dass es nur dann gelingt, die Bedeutung von 1989 in der Geschichte der Europäer in vollem Umfang zu erfassen, wenn wir alle diese Stimmen in die gemeinsame Geschichte einbinden, die wir gemeinsam schreiben müssen, und wenn wir sie im Rahmen dieser Geschichte miteinander ins Gespräch bringen. Wenn ich darauf beharre, wenn ich zu Beginn dieser Rede darauf beharrt habe, dann deshalb, weil wir verstehen müssen, woher wir kommen, um gemeinsam entscheiden zu können, wohin wir gehen müssen.

Erlauben Sie mir daher, Ihnen zu sagen, welche Bedeutung das Jahr 1989 für einen Franzosen hat und warum ich hierher nach Prag kommen wollte, um die Wende von 1989 zu feiern, im Zuge derer die Länder Mitteleuropas nach 50 Jahren unter zunächst nationalsozialistischer und dann sowjetischer Besatzung ihre Freiheit und Souveränität zurückgewonnen haben und die Wiedervereinigung Europas ihren Anfang nehmen konnte. 1989 hat uns drei wichtige Errungenschaften hinterlassen : Freiheit, Souveränität und Einigkeit.

1989 markiert natürlich die Rückkehr der Freiheit, der Freiheiten, das Ende der totalitären Unterdrückung und der Vernichtung des Individuums, den Sieg der Demokratie und des Rechtsstaats ; d. h. die Krönung eines Staates, der nicht mehr unterdrückt, sondern beschützt.

Schließlich ist dies der Sinn des europäischen Projektes, das Jean Monnet einst so beschrieb : „Wir verbünden nicht Staaten, sondern vereinen Menschen“. „Freie Menschen“, hätte er hinzufügen können. Vergessen wir nicht, dass es keine Demokratie geben kann ohne eine Ordnung, die die Rechte und die Freiheiten schützt und die Vorrangigkeit des Rechts gegenüber der Gewalt gewährleistet. Jene, die die sogenannte „liberale“ Demokratie mit der „Tyrannei“ der Minderheiten gleichsetzen, jene, die die sogenannte „liberale“ Demokratie mit dem Multikulturalismus und der Verachtung von Traditionen gleichsetzen, sind nicht nur Sophisten, sondern auch Geschichtsvergessene. Sie vergessen, dass eben hier in Prag, wie auch in Warschau und in Budapest, Männer und Frauen dem Totalitarismus Widerstand geleistet und unter Einsatz ihres Lebens für die Freiheit gekämpft haben.

Ich bin daher vor allem hierhergekommen, um diejenigen zu ehren, die sich vor dreißig Jahren erhoben und den überrumpelten Regierungen – in den berühmten Worten von Vaclav Havel ausgedrückt – „die Macht der Machtlosen“ aufgezwungen haben.

Vaclav Havel – ein Name, den ich hier nicht aussprechen kann, ohne dass mir, Tomáš hat es eben schon erwähnt, der Morgen des 9. Dezember 1988 und das historische Treffen zwischen François Mitterrand und acht tschechoslowakischen Dissidenten, darunter auch der später erste Präsident eines befreiten Landes, in Erinnerung kommen. Ich bin stolz, sehr stolz darauf, dass Frankreich ihm auf diese Weise Anerkennung für seinen Kampf erwiesen hat. Im darauffolgenden Jahr haben zahlreiche Französinnen und Franzosen mit Bewunderung und Begeisterung verfolgt, wie die Völker Mitteleuropas ihr Schicksal in die Hand nahmen und beschlossen, ihre Geschichte selbst zu schreiben und im Grunde nicht nur ihre eigene, sondern unsere Geschichte zu schreiben, jene des wiedervereinigten Europas.

Mit diesen Völkern möchte ich auch der Dissidenten gedenken, deren Widerstandsgeist in gewisser Weise den Weg für diesen Umsturz geebnet hatte. Ich denke an Jan Palach. Ich denke natürlich an Vaclav Havel, an Jan Patocka und an all jene, die die Charta 77 mitgetragen haben. Ich denke an Pater Jerzy Popieluszko, den Kaplan von Solidarnosc, und ich denke an so viele andere, einschließlich der Studierenden in Budapest 1956, die für die Freiheit gekämpft haben.

Ich habe von 1989 gesprochen, von der Freiheit, doch 1989 steht auch, wie ich weiß, für die Wiedererlangung von Unabhängigkeit und Souveränität in allen Ländern, die zuvor unter dem sowjetischen Joch gelitten haben. Die Revolutionen von 1989 setzten der Breschnew-Doktrin ein Ende, jenem Prinzip der beschränkten Souveränität, das nach dem Einmarsch der Sowjets und ihrer Verbündeten in die Tschechoslowakei am 21. August 1968 formuliert wurde, als Reaktion auf die immensen Hoffnungen, die der Prager Frühling geweckt hatte. Und es war wiederum hier in Prag, wo diese Doktrin verschwand, als der Warschauer Pakt am 1. Juli 1991 aufgelöst wurde.

Diese vor 30 Jahren wiedererlangte Souveränität muss unsere Aufmerksamkeit für die Vorbehalte schärfen, die hier und da gegen den Begriff der „europäischen Souveränität“ geäußert werden, worauf ich noch zurückkommen werde. Und ich verstehe die Verbundenheit der Länder des ehemaligen Ostblocks mit ihrer nationalen Souveränität, diesem kostbaren Gut, an dem sie sich nur zeitweise hatten erfreuen können. Auch aus diesem Grund sind es die betroffenen Länder und ihre Bevölkerung, die ihre Bündnisse – oder ihre Bündnisfreiheit – wählen müssen, und nicht etwa dritte Mächte.

Die wiedererlangte Freiheit von 1989 ist letztlich auch die des gesamten europäischen Kontinents. Wie ich schon sagte, ziehe ich für Europa das Wort Wiedervereinigung, das uns einander annähert, dem Wort Erweiterung vor, das uns voneinander entfernt. „Die Dinge schlecht benennen heißt das Unglück in der Welt vermehren“, sagte einst Albert Camus. Was schlecht benannt ist, kann nicht genau erdacht werden.

Diese wiedererlangte Freiheit, diese Geschichte, die ihr vollen Mutes geschrieben habt – ihr, Tschechen, Slowaken, Polen, Ungarn, Rumänen –, das war jeweils auch die unsere. Ihr habt sie uns zurückgegeben. Die Freiheit Europas, einschließlich der des Westens, war begrenzt durch die Unfreiheit Mitteleuropas und den Sowjetblock. 1989 war das Ende von Jalta, einer Ordnung, die wir erduldet haben, aber die Frankreich nie akzeptiert hat. Es war mehr als eine „Rückkehr nach Europa“, das, wie Milan Kundera anmerkte, die Länder Mitteleuropas nie verlassen haben – es war die Anerkennung einer geographischen, aber auch kulturellen und somit politischen Tatsache, die mitunter willfährig kaschiert wird, die Einheit des europäischen Kontinents.

Ich möchte Ihnen etwas sagen, meine Damen und Herren, und damit an das anknüpfen, was Tomáš eben in seiner Rede gesagt hat : Das sogenannte „Osteuropa“ hat nie existiert. Es ist ein künstliches Erzeugnis des Kalten Krieges. Es ist keine stichhaltige Unterteilung, die aus der langen europäischen Geschichte hervorgegangen ist. Dank 1989 hat das lange einem wesentlichen Bestandteil seiner selbst beraubte Europa zum ersten Mal die Chance, Akteur und nicht nur Gegenstand seiner eigenen Geschichte zu werden.

Und jene, die heute die fehlende Einheit Europas als Argument heranziehen, um das europäische Projekt zu verurteilen, täuschen sich : Die Einheit unseres Kontinents ist weder eine Abstraktion oder ein politisches Schlagwort noch eine „intellektuelle Träumerei“, sondern eine konkrete Wirklichkeit für alle europäischen Bürgerinnen und Bürger, die diese hart erkämpfte Freizügigkeit im täglichen Leben erfahren.
Es ist vielleicht eine der unseligsten Folgen der Flüchtlingskrise von 2015, dass Grenzen geschlossen und Mauern errichtet werden, dass der durch die Schengener Abkommen geschaffene Raum des freien Personenverkehrs in Frage gestellt wird. Schließlich gehört Schengen zusammen mit dem Euro oder, in einem anderen Bereich, Erasmus zu den konkretesten und greifbarsten Ausgestaltungen der europäischen Einigung. Diese Errungenschaften sind ebenso notwendig wie fragil, genau wie im Übrigen das europäische Aufbauwerk. Deshalb dürfen wir nie zögern, die Schwarzmaler, die schnell mit Belehrungen zur Stelle und von Wahlinteressen getrieben sind, an das zu erinnern, was wir im Dienste der Völker aufbauen konnten und zu dem wir in der Lage waren.

Diese vielschichtigen Erinnerungen an 1989 münden natürlich in unser gemeinsames europäisches Projekt. Ich möchte Ihnen nun von den Erkenntnissen berichten, die ich aus diesem Rückblick auf unsere gemeinsame Geschichte für unsere gemeinsame Zukunft ziehe.

Das Projekt, das wir, Frankreich, Sie und wir, vorantreiben, ist ein Projekt des europäischen Humanismus, das mit der kompromisslosen Verteidigung unserer Werte und Prinzipien seinen Anfang nimmt. Es ist ein Projekt der sozialen, wirtschaftlichen und steuerlichen Konvergenz, Tomáš hat es angesprochen. Die Zeit drängt, um auf die Enttäuschungen zu antworten und die Risse im europäischen Aufbauwerk zu beseitigen. Dabei handelt es sich nicht um eine neue Mauer zwischen „zwei Europas“, die innerhalb der Europäischen Union koexistieren. Ungleichheiten, populistische Versuchungen sowie der Bedeutungs- und Orientierungsverlust sind für uns alle Herausforderungen, die wir miteinander teilen. Wir müssen sie als gemeinsame Herausforderungen betrachten.

Dieses Projekt ist angesichts der zügellosen Globalisierung, angesichts der Herausforderungen des internationalen Wettbewerbs, ein europäisches Machtprojekt im Dienste unserer Völker. Mehr als je zuvor unterliegt das internationale Leben heute weltweiten Unruhen und der brutalen Ausprägung der Machtverhältnisse. Und Europa steht vor einer Entweder-oder-Entscheidung : sich fügen und riskieren, sich seine Beschlüsse diktieren zu lassen, oder Flagge zeigen, um jedes Mal wenn nötig abzuwägen, im Sinne seiner Identität und seiner Prinzipien.

Ich wähle ohne zu zögern die zweite Option. Warum ? Weil wir seit Paul Valéry wissen, dass Zivilisationen sterblich sind. Wie ? Indem wir Europa über sein Schicksal bestimmen lassen.

Und in diesem Zusammenhang liegt es auch auf der Hand, dass ich an eines erinnern muss : Dieses Projekt werden wir auf lange Sicht nur dann erfolgreich durchführen können, wenn wir in der Lage sind, unsere Sicherheit zu gewährleisten.

Deshalb glaube ich, dass man das Jahr 1989, in dem Europa sich auf Grundlage demokratischer Prinzipien und humanistischer Werte wiedervereinigt hat, nicht zur Sprache bringen kann, ohne auch das Jahr 1990 und die Verabschiedung der Charta von Paris für ein neues Europa zu erwähnen. Worum ging es dabei ? Darum, eine kollektive europäische Sicherheitsordnung aufzubauen, indem die bereits 1975 in Helsinki angenommenen zehn großen Leitprinzipien operationalisiert werden.

Nun aber ist dieses Ziel der Errichtung einer kollektiven europäischen Sicherheitsordnung, das Anfang der 90er-Jahre noch so präsent war, zunehmend in den Hintergrund getreten. Es muss wiederbelebt werden.

In der Tat haben wir nach und nach erlebt, wie sich die Inhalte auflösten, die zur Errichtung der in der Charta von Paris vorgesehenen Sicherheitsarchitektur beigetragen hatten, und wir wurden Zeugen eines methodischen Dekonstruktionsbestrebens, das zum fortschreitenden, systematischen und nunmehr fast vollständigen Rückbaus aller Instrumente der Gewaltregulierung beigetragen hat : von den vertrauensbildenden Maßnahmen bis hin zu den Abkommen über Begrenzung und Reduzierung von Rüstungsgütern, egal welcher Kategorie. So entsteht alles in allem ein gefährliches Vakuum, das unseren Kontinent einmal mehr mit dem Risiko eines Konflikts belastet, sei es nun ein unbeabsichtigter Konflikt oder ein beabsichtigter Konflikt. Die sich häufenden militärischen Zwischenfälle zeigen dies. Den Versprechen von 89 treu zu sein bedeutet, diese Instabilität hinter sich lassen und diese Risiken verringern zu wollen.

Seit den Konflikten im ehemaligen Jugoslawien, die den Europäern gezeigt haben, worin ihre Aufgaben zur Gewährleistung der Sicherheit ihres Kontinents bestehen, sind neue Bedrohungen entstanden. Dabei denke ich nicht nur an die brutale terroristische Gewalt. Der Krieg ist wieder nach Europa zurückgekehrt : erst in Georgien, dann in der Ukraine. Chemische Waffen wurden auf dem Boden einer europäischen Großstadt eingesetzt. Mit Cyberangriffen wurde versucht, unsere Demokratien, Wahlprozesse und öffentlichen Debatten zu sabotieren und bis auf die Grundfesten zu erschüttern.

Einige scheinen sich damit abzufinden. Doch wir, die Europäer, können es nach den schrecklichen Dramen, die das ganze 20. Jahrhundert über für Verwüstung auf unserem Kontinent gesorgt haben, nicht hinnehmen. Aus diesem Grund wollen wir uns nicht mit dem Status quo gegenüber Russland zufriedengeben, dessen aggressive Vorgehensweisen, die unser strategisches Umfeld im vergangenen Jahrzehnt zerrüttet haben, uns bekannt sind.

Was also benötigen wir, um unsere Sicherheit zu gewährleisten und uns auf die Versprechen von November 1990 zurückzubesinnen, als in Paris jene Charta angenommen wurde, die die Leitlinien der europäischen Sicherheitsarchitektur von Grund auf neu gestalten sollte ?

Wir sind zunächst einmal auf die transatlantische Verbindung angewiesen.

Auch wir Franzosen wollen sie erhalten. Wir sind politisch, militärisch und strategisch darauf angewiesen. Und das insbesondere bei den Militäreinsätzen, die wir im östlichen Mittelmeerraum und in der Sahel-Zone durchführen, unter der Präsenz tschechischer Streitkräfte. Dies schließt nicht aus, dass wir die Entwicklungen, die diese Verbindung betreffen, mit klarem Blick betrachten und daraus unsere Konsequenzen ziehen. Jedem ist klar, dass die Zeit, in der Europa seine Sicherheitsbelange komplett in die Hände anderer geben und sich ausschließlich auf selbige verlassen konnte, dass diese Zeit vergangen ist. Und diese Veränderung geht nicht erst auf die Amtszeit von Präsident Trump zurück. Was wir in Europa als strategische Autonomie bezeichnen und im Grunde genau die Vorstellung von gleichmäßiger Verteilung der Lasten umfasst, ist eine Voraussetzung – eine Voraussetzung – für eine starke und glaubwürdige transatlantische Verbindung.
Im Übrigen legen einige unserer amerikanischen Gesprächspartner nahe, dass unsere eigenständige Handlungsfähigkeit genau das ist, was Frankreich in Verteidigungsfragen zum besten Partner Washingtons macht.

Die transatlantische Verbindung ist für uns notwendig, und es ist außerdem notwendig, dass die NATO das bleibt, was sie nach 89 endlich für jeden von uns sein konnte : eine stabilisierende Macht.

Deshalb war es Frankreichs Wunsch, Gespräche über die Unruhe in Gang zu bringen, die derzeit im Atlantischen Bündnis herrscht. Der Gipfel, der gerade in London stattgefunden hat, stellt den Beginn einer ernsthaft geführten strategischen Diskussion innerhalb dieses Bündnisses dar. Wir waren beide dort anwesend. Dies war im Sinne des Fortbestands und der Festigung der transatlantischen Verbindung notwendig.

Die Grundvoraussetzung für die Stärke des Atlantischen Bündnisses besteht nun darin, dass sich die Europäer proaktiver zeigen und mehr Verantwortung übernehmen, als Teil eines neu gestalteten und austarierten Bündnisses. Es würde ohne NATO genauso wenig eine europäische Verteidigung geben, wie es ohne Verstärkung des europäischen Verteidigungsaufwands eine glaubwürdige und tragbare NATO geben wird.

Das ist schon lange unsere Haltung und Frankreich setzt sich konkret für die Abschreckungs- und Verteidigungsmaßnahmen der NATO in den baltischen Staaten als auch im Schwarzen Meer ein. Frankreich respektiert die Sicherheitsinteressen all seiner europäischen Partner und Verbündeten und macht diese voll und ganz zu seinen eigenen. Es wird sie stets als unantastbare Priorität verteidigen. Das hat Präsident Macron im Übrigen vorgestern in London verkündet. Wir sind und bleiben unerbittlich, wenn unsere Souveränität oder die Souveränität unserer Partner und Verbündeten auf dem Spiel steht. Unsere Verbündeten können sich stets auf Frankreich, auf sein Engagement und auf seine Armee verlassen.

Und drittens brauchen wir eine Organisation der Sicherheit in Europa, die die strategische Stabilität des gesamten Kontinents garantiert.

Dies ist der Zweck der NATO-Strategie, die seit 1967 Abschreckung und Dialog miteinander verbindet. Dies soll auch der Vorschlag einer europäischen Architektur der Sicherheit und des Vertrauens durch den Staatspräsidenten bezwecken.
Lassen Sie es uns ganz deutlich sagen, auch ich sage es hier unmissverständlich : Wenn wir den systematischen Rückbau, von dem ich vorhin gesprochen habe, wieder aufgreifen wollen, müssen wir wieder in einen Dialog mit Russland treten. Dieser muss sachlich und realistisch sein, um die Sicherheit aller Europäer verteidigen und die Kräfteverhältnisse ausspielen zu können, wann immer dies erforderlich ist. Denn wir dürfen die Geopolitik nicht ganz einfach ignorieren.

Die von uns ergriffenen Initiativen wurden unter strikter Wahrung der vereinbarten europäischen Grundsätze entwickelt. Und wir haben nicht die Absicht, die Sicherheitsinteressen unserer europäischen Partner zu vernachlässigen, im Gegenteil, denn es sind auch die unseren.

Deshalb möchten wir, dass sich die Europäer mit den wichtigen strategischen, militärischen und nuklearen Themen beschäftigen, die direkt ihre eigene Sicherheit betreffen. Und dazu gehören der Wiederaufbau eines rechtlichen Rahmens und Maßnahmen zur Förderung der Transparenz, um die Gefahr einer unfreiwilligen militärischen Eskalation zu begrenzen, Vorgaben zu den Fähigkeiten unserer potenziellen Gegner zu definieren und so die Bedrohung zu verringern.

Mit der Aussetzung des Vertrags über die konventionellen Streitkräfte in Europa, dem Auslaufen des Mittelstrecken-Nuklearstreitkräfte-Vertrags und den Ungewissheiten, die bis 2021 in Bezug auf den New-START-Vertrag herrschen, besteht die Gefahr, dass Europa sich erneut mit einem gewissenlosen und das Gesetz missachtenden, hemmungslosen militärischen und nuklearen Wettbewerb konfrontiert sieht. Eine solche Situation haben wir seit Ende der 1960er Jahre nach den Krisen in Berlin und Kuba nicht erlebt und durchgemacht.

Diese Neugestaltung der Rüstungskontrolle in Europa liegt in unserer Verantwortung, in der der Europäer‚ wenn wir verhindern wollen, lediglich zu einem Schauplatz der Auseinandersetzung von Drittmächten zu werden. Deshalb möchten wir, dass demnächst eine solche Überlegung von den Europäern als europäischer Beitrag zu den strategischen Überlegungen des Atlantischen Bündnisses, die vorgestern aufgenommen wurden, und zur Verteidigung unserer Interessen und unserer Vision von der internationalen Ordnung angestellt wird.

Schließlich müssen wir, meine Damen und Herren, den Geist und die Bedeutung von Helsinki sowie den Geist und die Bedeutung der Pariser Charta wiederfinden.
Werden die Leitlinien von Helsinki ignoriert oder verletzt, geht dies immer zu Lasten dessen, was wir hier in Europa aufbauen wollen. Dies haben die letzten 30 Jahre gezeigt. Kommt das Prinzip der Einflussbereiche wieder zum Tragen, werden die souveräne Gleichheit der Staaten und die Achtung der der Souveränität zugrunde liegenden Rechte verletzt. Wird nur eine einzige Grenze gewaltsam in Frage gestellt, geraten die Unverletzlichkeit aller unserer Grenzen und damit die Grundsätze der Nichtanwendung von Gewalt und der territorialen Integrität der Staaten ins Wanken. Werden die politischen Gegner inhaftiert und die Grund- oder akademischen Freiheiten beschränkt, dann sind es die Menschenrechte und die Demokratie, die mit Füßen getreten werden.

Deshalb bin ich der Meinung, dass diese Grundsätze – Helsinki und die Charta von Paris – und die Notwendigkeit, sie umzusetzen, nach wie vor uneingeschränkte Gültigkeit besitzen. Es ist an uns, das wieder in Angriff zu nehmen, was vor 30 Jahren versucht wurde umzusetzen. Im Laufe des Jahres werden wir dafür sorgen, dass diese Diskussion auf europäischer Ebene geführt wird, damit wir uns anlässlich des dritten Pariser Friedensforums im November 2020 gemeinsam mit diesem Thema befassen können.

Im Bereich Sicherheit wie in vielen anderen Bereichen besteht unsere Herausforderung im Grunde darin, eine echte europäische Souveränität aufzubauen.
Und damit haben wir angefangen. Dank dieser Anstrengungen beginnt Europa endlich zu seiner Macht zu stehen, um weiter frei in seinen Entscheidungen bleiben und sich frei zu den Werten bekennen zu können, für die es einsteht.

Diese gemeinsame Souveränität beeinträchtigt in keiner Weise die Souveränität unserer einzelnen Länder. In einer gefährlichen Welt, in einer Welt des exzessiven Wettbewerbs schützt sie sie alle. Sich für das Eine zu entscheiden bedeutet nicht, das Andere aufzugeben. Ganz im Gegenteil !

Ich verstehe, dass die Länder, die vor 30 Jahren noch zum Ostblock gehörten, sehr stark an ihrer Souveränität festhalten. Aber ich will ihnen Folgendes sagen : Europäische Souveränität bedeutet weder eine Rückkehr des Heiligen Römischen Reiches noch eine Rückkehr der Breschnew-Doktrin à la Brüssel. Sie bietet jedem Staat Unabhängigkeit in einer Welt, in der die Rivalität zwischen den Mächten in allen Bereichen spürbar ist.

Ich möchte Ihnen gegenüber also mit Nachdruck bekräftigen : Ein echter Europäer ist nicht derjenige, der Existenz und Bedeutung der Nationalstaaten verleugnet. Ebenso wenig wie derjenige, der Europa ablehnt und verurteilt, ein echter Patriot ist. Ein patriotischer Europäer bzw. ein europäischer Patriot zeichnet sich vielmehr dadurch aus, dass er weiß, dass das europäische Projekt ohne starke Nationen geschwächt ist, und dass auch unsere Nationen ohne ein starkes Europa schwächer sind.

Wenn wir das 21. Jahrhundert nicht über uns ergehen lassen wollen, müssen wir Europäer in einem wichtigen Bereich die Kontrolle erlangen, um diese Souveränität zu gewährleisten. Wir haben dieses Thema vorhin mit Tomáš schon stark anklingen lassen : den digitalen Sektor.

Denn auch in diesem Bereich besteht ernsthaft die Gefahr, dass andere – Länder oder Unternehmen – uns ihre Entscheidungen auferlegen. In diesem neuen Konflikt-Raum kommen ausgefeilte Machtstrategien zum Einsatz, die auf Angriff und Destabilisierung ausgelegt sind. Eine weitere Bedrohung ist die Gefahr der Abhängigkeit von den Technologien anderer, von 5G bis hin zu künstlicher Intelligenz. Und schließlich die Gefahr, dass die Praktiken einiger großer Akteure des Privatsektors ohne ausreichende Regulierung gegen die Grundrechte unserer Mitbürgerinnen und Mitbürger verstoßen, insbesondere was den Schutz der Privatsphäre angeht.

Wir Europäer müssen also gemeinsam handeln, um eine europäische digitale Souveränität aufzubauen, die gleichzeitig effizient ist und unseren Werten entspricht, d.h. eine Souveränität, die weder isolationistisch noch herrisch ist, sondern uns in die Lage versetzt, frei über unser Schicksal zu entscheiden.

Fakt ist : Wir fangen nicht bei null an. Wir stützen uns auf technische Infrastrukturen und innovative Ökosysteme. Wir haben eine Vision von der digitalen Welt : Wir wünschen uns eine freie, offene und sichere digitale Welt. Wir sind in der Lage, dieses Konzept voranzutreiben. Das haben wir bereits mit der Datenschutz-Grundverordnung, der DSGVO, gemacht, und jetzt tun wir es mit der Besteuerung digitaler Leistungen.

Um Schritt für Schritt Europas digitale Souveränität aufzubauen, müssen wir meines Erachtens vier Handlungsfelder vorrangig angehen und eine europäische Vision von der digitalen Welt und der Menschenrechte im digitalen Zeitalter vermitteln.
Wir müssen die Sicherheit im Cyberspace stärken.

Wie ich gesagt habe bildet Sicherheit das Fundament unserer Souveränität. Spionage, Sabotage, unbefugter Zugriff nehmen im digitalen Zeitalter neue Dimensionen an und sind Eingriffe, die wir nicht hinnehmen können. Um gegen diese Bedrohungen gewappnet zu sein und gegebenenfalls darauf reagieren zu können, müssen wir eigene Kapazitäten entwickeln. Und wir müssen den Raum sichern, in dem sie erfolgen, nämlich den Cyberspace.

Wir haben bereits mehrere Initiativen in dieser Richtung angestoßen : Dazu gehört der Pariser Appell für Vertrauen und Sicherheit im Cyberspace, im Rahmen dessen sich Regierungen und Unternehmen zur Ausarbeitung gemeinsamer Grundsätze verpflichten, um die Rechte des Einzelnen zu schützen und die internationalen Standards zu stärken ; der Pariser Appell, aber auch der Appell von Christchurch gegen die Nutzung des Internets zu terroristischen Zwecken. Und wir können auch anderen Ländern helfen, sich zu schützen, ohne sich einer Cyber-Macht unterordnen zu müssen.

Zweitens müssen wir auch den Innovationswettlauf gewinnen.
Europa hat sich innerhalb nur weniger Jahre wieder zu einer digitalen Innovationskraft entwickelt. Viele europäische Städte, auch Paris, sind inzwischen innovative Ökosystemen.

Europa muss seine Kräfte bündeln und europäische Lösungen für die Herausforderungen von morgen liefern : intelligente Städte, vernetzte Gesundheit. Wir müssen die kritischen Sektoren und Bereiche identifizieren, von den 5G-Netzen bis hin zu Fragen betreffs digitaler Identität oder Kryptowährungen. Und natürlich müssen wir weitere Fortschritte in der Forschung und bei der Verbindung von Forschung und Industrie erzielen.

Ja, wir müssen die Entwicklung eines echten digitalen Binnenmarktes weiter vorantreiben. Aber das genügt nicht. Wir müssen auch mit Entschlossenheit am Ausbau europäischer digitaler Technologien arbeiten – sei es bei der Datenspeicherung, im Umgang mit Big-Data, oder beim Cloud-Computing. Darin liegt der Schlüssel für die Achtung unserer Werte und Rechte.

Drittens müssen wir ebenso unsere Rolle als normative Kraft festigen.
Wie wir es mit der DSGVO gemacht haben, müssen wir auch auf dem Gebiet der Regeln und Vorschriften weiterhin innovativ sein, um Vorhersehbarkeit und Vertrauen in diesem Bereich zu gewährleisten, aber auch, um die Achtung grundlegender Prinzipien durchzusetzen. Ich denke dabei an die Regulierung der künstlichen Intelligenz, an die Regulierung von Inhalten und an die Sicherheit im Cyberspace. In diesen Fragen müssen wir, lieber Tomáš, Mehrheitsbündnisse entwickeln. Aber das werden wir schaffen.

Und schließlich, als vierten Punkt, müssen wir die digitalen Gemeinschaftsgüter in ihrer Funktion als gemeinsame und offen zugängliche Infrastrukturen schützen.
Innovative Akteure müssen sich heute in Europa auf zahlreiche Ressourcen stützen - Infrastruktur, Daten, Zahlungssysteme -, auf die einzelne Akteure das Monopol haben. Diese bestimmen und setzen ohne Abstimmung ohne ihre eigenen Spielregeln durch.

Wir haben keine hegemoniale Vision von Souveränität. Wir wollen also, dass sich die digitale Welt um Gemeinschaftsgüter herum strukturiert, ohne dass diejenigen, die durch ihre Datenverarbeitungskraft de facto über Monopole verfügen und die durch die Kontrolle über Technologie oder durch finanzielle Vorherrschaft de facto über Monopole verfügen, sich diese Gemeinschaftsgüter aneignen. Aus diesem Grund müssen wir dafür Sorge tragen, dass diese Gemeinschaftsgüter weiterhin von allen genutzt werden können und – was ebenso wichtig ist – von allen optimiert werden können.

Zu all diesen Fragen möchte Frankreich, dass wir mit allen interessierten Ländern Europas und den europäischen Institutionen 2020 Überlegungen zur digitalen Souveränität Europas anstoßen, und ich habe das Gefühl, dass diese Überlegungen im Einklang mit den ersten Maßnahmen der neuen Kommissionspräsidentin stehen.

Meine lieben Freunde,

ich werde zum Ende kommen, ich habe mich nicht kurz gefasst. Ich möchte Ihnen sagen, dass wenn es etwas gibt, das uns 1989 rückblickend lehrt, dann ist es die Erkenntnis, dass Geschichte nicht linear verläuft. Es gehört heute zum guten Ton, die westliche Arroganz anzuprangern, mit der vom Zusammenbruch des Sowjetblocks auf den Sieg der liberalen Demokratie und der Marktwirtschaft geschlossen wurde.
Wir sollten jedoch vermeiden, dass auf den „demokratischen Determinismus” jener Zeit 30 Jahre später eine Form von „populistischem Determinismus“ folgt. Mit Blick auf den wachsenden Populismus, auf die Kritik und Hinterfragung des liberalen Demokratie-Modells sowie des Multilateralismus wird heute „das Ende der liberalen Ordnung“ prophezeit. In gewisser Weise ein neues Ende der Geschichte, umgekehrt, was mehr einem zaghaften Rückzug als einer glänzenden Zukunft gleichkäme.

Aber die eigentliche Lehre aus 1989 ist, dass Geschichte nie im Voraus geschrieben wird und dass die Völker es sind, die Geschichte schreiben. Darüber kann man sich als Politiker nur freuen. Das ist wirklich eine ausgezeichnete Erkenntnis, denn daraus können wir schließen, dass die Europäer ihre Zukunft frei gestalten können und dass sie durch ihr gemeinsames Wirken jene die Gesellschafts- und Regierungsmodelle entwickeln und verteidigen können, an die sie glauben. Oder um es mit den Worten von Vaclav Havel zu sagen : Widerstandsgeist und Mut zahlen sich aus.

1989 hat zweifelsohne noch nicht all seine Versprechen gehalten. Ist das ein Grund für Verdrossenheit ? Ich glaube nicht. Ich sehe darin vielmehr einen weiteren Grund für die Europäer, weiterhin zusammen daran zu arbeiten, ihre gemeinsame Geschichte zu schreiben.

Das ist, wie ich glaube, die schönste Art und Weise, dem Geist von 1989 treu zu bleiben und all jenen Anerkennung zu erweisen, die vor 30 Jahren durch ihren Glauben, ihre Beharrlichkeit und ihre Leidenschaft Geschichte geschrieben haben – Ihre Geschichte, unsere Geschichte, im Dienste unseres gemeinsamen Europas, eines freien, souveränen und humanistischen Europas.

Ich lade Sie alle ein, aus der Kraft von 1989 zu schöpfen, um besser gemeinsam das Europa von morgen aufbauen zu können und erlaube mir dafür, mit diesen weisen, von Nietzsche inspirierten Worten abzuschließen : „Die Vergangenheit befruchten und die Zukunft zeugen – das ist mir Gegenwart.“

Ich danke Ihnen.

Speech by Mr Jean-Yves Le Drian, Minister for Europe and Foreign Affairs, at the conference “Beyond 1989 : Hopes & Disillusions after Revolutions”

Prague, 6 December 2019

Minister, dear Tomáš,

Rector of Charles University, who is hosting us today,

Vice-Rector,

Director of the Academy of Sciences,

CEFRES Director, dear Jérôme Heurtaux,

Ladies and Gentlemen,

Dear friends,

Thirty years have passed since 1989. A generation, who have gone from euphoria to doubt.

I am profoundly European and I must say Europe is what drives my political engagement. I remember the enthusiasm and the jubilation of those days that, in autumn 1989, would change the face of our continent and would move all peoples of Europe, without exception.

What strikes me today, as French Minister for Europe and Foreign Affairs, is that as each decade passes, we are less enthusiastic and less united in celebrating the commemorations of 1989. And this, at a time when there has never been a greater need for a Europe that is strong, free and true to its principles.

That is why I wanted to come here to Prague, to Charles University, in the heart of Europe, to reflect with you on the meaning of 1989 and what this year can tell us about who we are today, and on the European ambition that we must continue to pursue. The message I came to share with you today is a message from one European to other Europeans about this most singular year, a message about its hopes and its disillusions, but also a message about the future of the spirit of 1989.
The disillusionment that some of you have described today should be of concern to historians and researchers. This is precisely one of the subjects of this conference, held by the French Research Centre in Humanities and Social Sciences in Prague, with the Academy of Sciences and Charles University, which I would like to thank for inviting me to speak before you today.

It should be of concern to historians and researchers, and also to all Europeans – and especially those who have political responsibilities. It forces us to take a look at essential questions such as the many memories of our history, the autonomy and security of Europe and the relation between the sovereignty of States and European sovereignty.

Addressing this disillusion and restoring the thread and energy of our European dream is our shared challenge.

I would like to begin by telling you what I have not come to do in Prague. I am a political leader at an academic conference on social sciences. We each have our responsibilities. They are important but they are different. I therefore did not come to give you a history lesson.

Researchers must be able to work freely on this period in history as they do on others. This year, we will commemorate not only 1989, but also the 80 years of the Molotov-Ribbentrop Pact and the organization of Nazi and Soviet occupations of Europe which occurred simultaneously and successively.

The temptation is great for certain people to conduct a “history policy” in order to manipulate the past for their own ends, to stir things up, to add to the confusion, and to further a specific ideology. Today, we are faced with an additional danger of history being re-written on the basis of re-interpreted national interests and narratives.

Too many legends presented as official truths have motivated bloody rifts on our continent so that we remain indifferent to their resurgence. If we are to return to the ideals of Europe of the Enlightenment, we must preserve critical thinking within our societies. If the truth and the counter-truths are considered to be the same, the word “truth” will be emptied of its very meaning.

That is why, Ladies and Gentlemen, 23 States, including France, have asked that an Observatory on History Teaching in Europe be created, at the initiative of the French Presidency of the Council of Europe. Taking stock neutrally and factually of school curricula and textbooks, this observatory will promote dialogue on our teachings, prevent racist, xenophobic and anti-Semitic discourse from re-emerging, and work to bring peoples closer together. And perhaps we will be able to show that, while respecting our singular histories, there is also a history that brings us together, the history of our continent and of this European spirit we have inherited and must safeguard.

As the great French historian Marc Bloch once said “the misunderstanding of the present is the inevitable consequence of ignorance of the past”. It can also be the consequence of the manipulation of history. One of the European principles is academic freedom and if this freedom is threatened, democracy and peace will be threatened as well.

Our political responsibility, however, as against scientific responsibility, is to build, on the basis of your research work, a shared European memory, adhering to two principles.

First, strict respect for national memories that should be recognized and heard. Our national narratives are built around selective references to the past. A same date can resonate very differently from one State to another.

The year 1968 does not have the same resonance in French, Czech and Polish memories. I will give you another example. We just celebrated the centenary of the end of the First World War in Paris a year ago. In France, 1918 signifies the armistice and relief for French people. However, what marked this period in your region until 1923 was the collapse of empires, wars, revolutions, displacements of peoples, and pogroms.

And even 1989, for a French person or a German person, will bring to mind images of the fall of the Berlin Wall before those, for example – which were just as moving – of the human chain which spanned in late August 1989 three Baltic States. We never recognized the annexation of these States and they had yet to regain their sovereignty. This understanding of our different national memories must be at the heart of European integration. All Europeans, starting with the French, need to listen and understand that.

Secondly, saying that does not mean that we support “projects to manipulate history to their own ends”. It does not mean that we encourage historical relativism or revisionism. Nor does it mean that we promote a unifying narrative by leaders. It does not mean that we create a single history, but rather develop a “European historical awareness” based on the belief that our national histories must form a basis for a common awareness of what it means to be Europeans, finally united in our diversity.

We should keep these words of Victor Hugo in mind : “Memories are our strength. When night attempts to return, we must light up the great dates, as we would light torches.” Commemorating 1989 and reflecting on its promises together – those that have come true and those that have disappointed us – can only strengthen our determination to build a common future in peace and democracy.

If I am here today, it is because I am convinced that the European memory must assent to the polyphony of national memories. I am convinced that we have yet to reconcile ourselves with the diversity of our memories to better understand how this diversity has made Europe what it is.

When he talked about the “Tragedy of Central Europe” in 1983, Milan Kundera was not speaking only of Soviet domination. He regretted most of all that Central Europe no longer existed in the eyes of the West other than as part of the Soviet empire. Differences should not mask what unites us, our common destiny and the universal enlightenment principles, any more today than they did in the past.

I believe that it is by including all of these voices in the collective narrative that we must build together and by getting them to communicate with one another within this narrative that we will be able to fully understand what 1989 means in the history of Europeans. If I have been stressing this point since the beginning of my speech, it is because we need to understand where we have come from so that together we can decide where we are headed.

Please allow me to now share with you what 1989 means to a French person and why I wanted to come here to Prague to celebrate the turning point of 1989, a year in which, after 50 years of Nazi then Soviet occupation, Central European countries regained their freedom and their sovereignty and in which the reunification of Europe started. That year bestowed three great things upon us : freedom, sovereignty and unity.

The year 1989 clearly marked the return of freedom and liberties, the end of totalitarian oppression and of the destruction of the individual, the triumph of democracy, and the rule of law, in other words the establishment of a State that no longer oppresses but that protects.

That is the meaning of the European project that Jean Monnet thus described : “We are not forming coalitions of States, we are uniting men”. He could have added : “free men”. Let us not forget that there can be no democracy without a regime that protects rights and liberties and that ensures right over might. Those who equate so-called liberal democracy with the tyranny of minorities, with multiculturalism, and contempt for traditions are not only sophists but are also suffering from amnesia. They forget that it was here in Prague – and in Warsaw and Budapest – that men and women resisted totalitarianism and fought for freedom at the cost of their own lives.

I have thus come first to pay tribute to those who, thirty years ago, rose up and imposed on dumbfounded governments “the power of the powerless”, to quote the famous words of Václav Havel.

Václav Havel is a name that I cannot say here without thinking of the morning of 9 December 1988, which Tomáš mentioned earlier, and the historic meeting between François Mitterrand and eight Czech dissidents, one of whom was to become the first President of a liberated country. I am proud, very proud, that France recognized his struggle as it did. And the following year, we were many in France to watch with admiration and enthusiasm the peoples of Central Europe who took control of their destinies and who chose to write their own history, indeed not only their history, but our history : that of Europe reunified.

With them, I would also like to salute the memory of the dissidents whose spirit of resistance, in a way, paved the way for this leap. I am thinking of Jan Palach, and of course of Václav Havel and Jan Patocka and all those who brought forward Charter 77. I am thinking of Father Popiełuszko, the chaplain of Solidarność, and of so many others, including the students in Budapest in 1956 who fought for freedom.

I have mentioned 1989 and freedom, but I know that 1989 also symbolizes regained independence and sovereignty for all the countries under Soviet control. The 1989 revolutions ended the Brezhnev Doctrine, this theory of limited sovereignty drawn up after the invasion of Czechoslovakia by the Soviets and their allies on 21 August 1968, after great hope was brought by the Prague Spring. And it was again here in Prague that this doctrine was done away with when the Warsaw Pact was officially dissolved on 1 July 1991.

This sovereignty restored thirty years ago should make us attentive to the reticence expressed here or elsewhere regarding the notion of “European sovereignty” – and I will come back to this point later. And I understand the attachment of former Eastern Bloc countries to national sovereignty, this valuable thing that they had only enjoyed on and off. This is also why those who must choose their alliances – or their lack of alliance – are the countries concerned, and the peoples constituting them, and not third parties.

Finally, the freedom regained in 1989 is that of the entire European continent. As I have already said, I prefer the word reunification of Europe, which brings us closer, to enlargement, which distances us from each other. “To call things by the wrong name is to add to the world’s misfortune”, Albert Camus once said. Something that is wrongly named cannot be apprehended precisely.

This regained freedom and this history, which you have written with courage – you the Czech, Slovak, Polish, Hungarian and Romanian peoples and more – were also ours. You returned them to us. The freedom of Europe, including Western Europe, was limited by the servitude of Central Europe and the Soviet buffer zone. 1989 marked the end of Yalta, an order to which we were subjected but that France never accepted. More than a “return to Europe” – which Central European countries had never left, as Milan Kundera noted – it affirmed a geographical but also cultural and therefore political fact that was sometimes complacently neglected : the unity of the European continent.

I would like to say, Ladies and Gentlemen, to resume what Tomáš said earlier, that “Eastern Europe” as such never existed. It was a fabrication of the Cold War, not a relevant division arising from Europe’s long history. With 1989, for the first time, Europe, which had long been deprived of a vital portion, had the opportunity to play a role in its history and no longer merely be subjected to it.

And those who use the lack of unity in Europe today as an argument to criticize the European project are wrong. The unity of our continent is not an abstract idea or a political slogan or an “intellectual’s musing” ; it is a tangible reality for all Europeans who enjoy on a daily basis this freedom of movement which was gained at such a high price.

Perhaps one of the most disastrous consequences of the 2015 refugee crisis are these borders that have been closed, these walls that have been erected, and this challenging of the area of free movement created by the Schengen Agreements. Because Schengen is, with the euro or, in another area, Erasmus, one of the most tangible and visible signs of European unification. These achievements are as necessary as they are fragile, as is European integration. When faced with doomsayers who are so ready to give lectures, often motivated by elections, it is important to always remember what together we have been able to build to the benefit of our peoples.

The horizon of this memory that draws on several sources of 1989 is, of course, our common European project. I would like now to share the conclusions I have drawn from this reflection on our common history for our common future.

The project that France promotes, with you, is a project of European humanism, which begins with the uncompromising defence of our values and our principles. It is a project of social, economic and fiscal convergence, as Tomáš recalled. For there is an urgent need to address disillusions and bridge European divides. They do not constitute a new wall between “two Europes” co-existing within the European Union. Inequalities, populist temptations, and the loss of meaning and common references are shared problems for all of us. We should consider them to be common problems.
This is a project of European power working for our peoples in the face of the excesses of globalization and challenges of international competition. More than ever, international unrest and brutal expression of power struggles are structuring life internationally. Europe has a choice : to accept this situation and risk seeing its own choices be dictated, or assert itself to make a difference every time it so requires, for its identity and its principles.

With no hesitation, I choose the second option. Why ? Because we have known, since the time of Paul Valéry, that civilizations are mortal. How ? By having Europe take charge of its own destiny.

And overall, there is an obvious fact that I need to recall : we can only hope to complete this project, over time, if we are able to guarantee our security.
That is why I believe that we cannot bring up 1989, when Europe was reunified around democratic principles and humanist values, without mentioning 1990 and the adoption of the Charter of Paris for a New Europe. What was its aim ? To build European collective security by putting to work the ten great principles adopted in 1975 in Helsinki.

This ambition to build European collective security, which was so present in the early 1990s, gradually faded away. This ambition needs to be revived.

Little by little, we have seen the unravelling of the components that helped establish the security architecture set out in the Charter of Paris and we have witnessed a methodical effort to deconstruct which has led to the progressive, systematic and now nearly comprehensive dismantling of all the violence regulation instruments, from confidence-building measures to arms limitation and reduction treaties, whatever their category. And all things considered, a danger void is opening up and the threat of conflict, be it accidental or deliberate, is looming over our continent once again. The growing number of military incidents is proof of this. Remaining true to the promises of 1989 means seeking to resolve this instability and reducing these risks.

Since the conflicts in the former Yugoslavia, which showed Europeans what their own responsibilities were in ensuring the security of their continent, other threats have emerged. I am not only thinking of hyper-violence of terrorism. In Europe, war is back in Georgia and Ukraine. Chemical weapons have been used on the soil of a major European city. Cyber attacks have sought to sabotage and undermine the foundations of our democracies, our electoral processes and our public debates.
Some seem to have resigned themselves to this. But we, Europeans, after the horrible tragedies that brought devastation to our continent throughout the 20th century, cannot accept them. That is why we cannot content ourselves with the status quo regarding Russia, whose aggressive actions have, we know, shaken up our strategic environment over the past ten years.

So what do we need to guarantee our security and return to the promises of November 1990 when, in Paris, this Charter to overhaul the principles of European security architecture was adopted ?

We above all need the transatlantic relationship.

We, the French people, also want to preserve it. We need it, politically, militarily, and strategically. And particularly in the military operations we are conducting in the Levant and the Sahel region, alongside Czech forces. Which does not rule out considering developments with lucidity and drawing all the ensuing conclusions. Everyone understands that the time when Europe could entirely entrust others with taking care of its security and depend exclusively on them has passed. And this movement did not start when President Trump was elected. What we call in Europe strategic autonomy and which, in fact, corresponds exactly to the notion of burden sharing, is a condition for a strong and credible transatlantic relationship.

Moreover, some of our American partners suggest that our ability to act for ourselves is precisely what makes France Washington’s best partner when it comes to defence.
We need the transatlantic relationship, and also need NATO to remain what it ultimately was for every one of us after 1989 : a stabilizing force.

That is why France wanted to start discussion on the current malaise in the Atlantic Alliance. The Summit that was just held in London launched genuine strategic discussion in NATO. We were both there. This was necessary, in the very name of continuity and consolidation of the transatlantic relationship.

The absolute condition for a strong Atlantic Alliance is now that Europeans act more proactively and shoulder more of the responsibilities, within an overhauled and rebalanced alliance. There cannot be European defence without NATO just as there cannot be a credible and sustainable NATO without strengthening European responsibilities.

We have thought this for a long time and France is committed concretely to NATO’s deterrence and defence posture, for example in Baltic States and in the Black Sea. France respects the security interests of all of our European partners, which it has made entirely its own. It will always defend them as an absolute priority, as President Macron recalled yesterday in London. We are and will always be uncompromising when our sovereignty and that of our partners and allies is at stake. Our allies can count on France, on its engagement and on its armed forces. Always.
Thirdly, we need our security to be organized in Europe so that it can ensure strategic stability across the continent.

This is why NATO’s approach of “deterrence and dialogue” has been used since 1967 and the Harmel Report. That is also the intention of President Macron’s proposal for a European security and confidence-building architecture.

We need to be clear, and I want to stress this here : if we are to roll back the systematic dismantling I just mentioned, it is with Russia with whom we must re-establish dialogue. Without taking a soft line or being naive, to defend the security of all Europeans and by entering into power struggles every time it is needed. But we cannot simply ignore geography.

The initiatives that we have taken, we have created in strict compliance with agreed European principles. And we do not intend to neglect the security interests of our European partners ; on the contrary, as they are also ours.

That is why we want Europe to address the major strategic, military and nuclear issues that concern its security directly. These include the reconstruction of a legal framework and transparency that should limit the risks of involuntary military escalation, set limits on the capacities of our potential adversaries and thus reduce the threat.

With the termination of the Treaty on Conventional Armed Forces in Europe, the end of the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, and the uncertainties looming ahead of 2021 over the New START Treaty, Europe could find itself becoming the theatre of a relentless and lawless military and nuclear competition. We have not experienced such a situation since the end of the 1960s after the Berlin and Cuba crises.

This overhaul of arms control in Europe is our responsibility, as Europeans, if we want to avoid becoming a simple arena for confrontation between third powers. We hope therefore that such European reflection can be launched shortly, as a European contribution of to the strategic reflection of NATO launched the day before yesterday and to the defence of our interests and vision of the international order.

Finally, Ladies and Gentlemen, we need to restore the spirit and intention of Helsinki and the spirit and intention of the Charter of Paris.

When the Helsinki principles are ignored or violated, it is always at the expense of what we have been trying to build here in Europe. The last thirty years have shown that. When a “spheres of influence” approach re-emerges, the sovereign equality of States and respect for the rights inherent in sovereignty are flouted. When a sole border is challenged by force, it is the inviolability of all borders that is affected and, with it, the principles of non-use of force and territorial integrity of States. When the opposition is imprisoned, when fundamental or academic freedoms are crushed, human rights and democracy are trampled.

That is why I think that these basic principles, Helsinki and the Charter of Paris, and the need to see them applied, are clearly relevant in today’s context. It is now up to us to make improvements to what was attempted thirty years ago. In the coming year, we will ensure this discussion happens at European level so that we can address this subject together by next November when the third Paris Peace Forum will be held.

Ultimately, as regards security and other issues, our challenge is to build genuine European sovereignty.

And we have already started working on this. Thanks to our efforts, Europe is finally beginning to accept its power so that it can remain free to make its own choices and free to promote its own values.

This common sovereignty does not take anything away from national sovereignties. In a dangerous and overly competitive world, it protects them. Choosing one does not mean giving up the other. Quite the opposite is true.

I understand that countries that up until just thirty years ago belonged the Eastern Bloc are fiercely attached to their sovereignty. But I would like to tell them that European sovereignty is not a return to the Holy Roman Empire, nor a return to a Brussels version of the Brezhnev Doctrine. It is the possibility for every State to remain independent in a world in which power struggles can be seen in every area.
I would like to stress that a real European is not someone who denies the existence and importance of Nation-States, just as a real patriot is not someone who rejects and has given up hope on Europe. A patriotic European or European patriot is someone who, on the contrary, knows that, without strong nations, the European project is weakened and that without a strong Europe, our nations are weaker.

Lastly, if we are not to be passive as the 21st century unrolls, there is an area which Europeans must absolutely master to ensure their sovereignty : digital technology. Tomáš and I talked at length about this subject earlier.

Because in this area as well, there is a real risk that others will impose their choices on us, be it countries or companies.

In this new space of conflicting interests, we can see more and more sophisticated power strategies being used, which aim to attack and destabilize. Another possible risk to us is dependence on the technology of others, from 5G to artificial intelligence. It is finally the risk that practices of certain major private sector players, which are not subject to regulation, breach the fundamental rights of our citizens, especially when it comes to privacy.

We must therefore take action, among Europeans, to build European digital sovereignty which is both effective and in line with our values. In other words, that is neither isolationist nor dominating, but that enables us to decide our future freely.
It is important to remember that we are not starting from scratch. We have technical infrastructure and innovation ecosystems. We have a vision for the digital world we want : a digital world that is “free, open and safe”. We have the ability to promote it. This is what we have done with the General Data Protection Regulation, the GDPR, and we are now working to do the same regarding digital taxation.

I believe we should work on implementing four projects to gradually build digital sovereignty in Europe and advocate a European vision of digital technology and human rights in the digital era.

We need to begin by bolstering security in cyber space.

As I have said, security is the foundation of our sovereignty. Espionage, sabotage and intrusion take on new dimensions in the digital age and are violations that we cannot accept. To protect ourselves from these threats and, if necessary, respond, we need to have our own capacities. We also need to strengthen the stability of the environment where these threats are emerging : cyber space.

We have already launched several initiatives. They include the Paris Call for Trust and Security in Cyberspace, which brings together governments and companies to determine joint principles that will help to better protect individuals’ rights and strengthen international norms, and the Christchurch Call to prevent the Internet being used for terrorist purposes. We also need to help other countries protect themselves without having to be subservient to a cyber power.

Secondly, we also need to win the battle of innovation.

In just a few years, Europe has found its way back to the path of digital innovation. Several European cities, including Paris, have become innovative ecosystems.
Europe needs to rebuild its forces and propose European solutions to the challenges of tomorrow : smart cities, connected health and autonomous transport. We must identify crucial sectors and areas, from 5G to issues related to digital identity and crypto currencies. And of course, we need to progress in research along with businesses.

I believe that we must continue to move forward in implementing a genuine single digital market. But this cannot exhaust the subject. We must also work determinedly to strengthen European digital technology in terms of data storage, big data management and cloud computing. This is key to ensuring our values and rights are respected.

Thirdly, we must also consolidate our role as a normative power.

As we did with the GDPR, we need to continue to innovate when it comes to rules : in order to ensure predictability and trust in the sector, but also to impose adherence to fundamental principles. I am thinking of regulation of artificial intelligence, regulation of content, security and trust in cyber space. Regarding all these subjects, we will need to build, my dear Tomáš, majority coalitions. We can do it.

Lastly, we need to protect the common goods that are common and open digital infrastructure.

Today, a European innovator has to make use of a whole set of resources – infrastructure, data and payment systems – that are the property of monopolistic players. These players, through their terms and conditions, which they define themselves and without concertation, set their own rules.

As we do not have a hegemonic vision of sovereignty, we would like the digital world to instead be organized around common goods that are not captured by those who hold de facto monopolies thanks to their computing power, mastery of technology, or financial domination. This is why we need to remain vigilant to protect or develop common, open digital infrastructure that is usable by all and improvable by all.

Regarding these issues, France hopes that, together with European countries that so wish, we can launch reflection on European digital sovereignty in 2020. I believe this reflection is in line with the first statements made by the new President of the Commission.

Dear friends,

To conclude, and I have had a lot to talk about, I would like to say that if there is one thing we learned from 1989, it is that history is not linear. It is now considered good form to denounce Western arrogance, which, in light of the collapse of the Soviet Bloc, declared it a victory for liberal democracy and the market economy.

But the “democratic determinism” of the time should not be followed thirty years later by a “populist determinism”. In light of the rise of populism, the questioning of the liberal democracy model and the challenging of multilateralism, some have predicted “an end to the liberal order”. A new, reversed, ending to the story in a way, which would seem more like a cautious withdrawal than a rosy future.

And yet the real lesson of 1989 is that history is never written in advance, and that it is peoples that write it. We can only welcome this as political leaders. It is great news because this means that Europeans are free to determine their future and by working together, they will be able to create and defend models for society and international governance in which they believe. As Václav Havel once said, the spirit of resistance and courage pay.

Undoubtedly, 1989 has not yet kept all its promises. Is this a reason to give into the prevailing disillusion ? I don’t think so. I see it more as an additional reason for Europeans to continue working to write their common history.

I believe it is the best way to remain true to the spirit of 1989 and pay homage to those who, thirty years ago, with their faith, their endurance and their enthusiasm, made history, your history, our history, for our common Europe : a free, sovereign and humanist Europe.

In order to encourage you to dip into the force of 1989 to better build the Europe of tomorrow together, let me conclude by paraphrasing the wise words of Nietzsche : redeem the past while creating the future ; let that be our present.

Thank you.

Dernière modification : 09/12/2019

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